vendredi, 28 juillet 2017
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Histoire du Trégor

Le territoire

  Le territoire du Trégor correspond à celui de l’ancien évêché de Tréguier. Celui-ci a été créé au VIe siècle par Tugdual, saint évangélisateur arrivé d’Outre-Manche.

  L’évêché de Tréguier a disparu pendant la Révolution française et le diocèse du même nom a été rattaché à celui de Saint-Brieuc.

  Du point de vue administratif, le Trégor a été scindé en deux parties : l’ouest du territoire a été inclus dans le Finistère, l’est dans les Côtes du Nord.

  Malgré cette disparition officielle, le sentiment d’appartenance au Trégor est demeuré vivant chez les habitants. Plusieurs éléments ont participé au maintien de cette appartenance au cours des siècles qui ont suivi:

  • la langue : pendant longtemps, le breton du Trégor a continué d’être parlé sur tout le territoire de l’ancien évêché,
  • la coiffe : la coiffe trégoroise s’étendait avec homogénéité sur tout l’ensemble du territoire,
  • le culte de Saint-Yves : l’ancien évêché rassemblait ses habitants autour du culte de Saint-Yves.

  Aujourd’hui, ce sentiment d’appartenance demeure ; il se traduit au travers des nombreuses enseignes commerciales utilisant le terme de Trégor. Par ailleurs, un nouveau pays récemment mis en place a pris le nom de Trégor-Goëlo.

  Du point de vue géographique, le territoire du Trégor est limité à l’est par le Leff, un affluent du Trieux prenant sa source près de Quintin.

  Au sud, ce sont les Monts-d’Arrée qui forment la frontière avec la Cornouaille. Cette limite est la ligne de partage des eaux entre les rivières arrosant le Trégor et celles arrosant la Cornouaille.

  A l’ouest, c’est le Queffleuth, une petite rivière prenant sa source dans les Monts d’Arrée, qui forme la limite avec le Léon.

  Le territoire du Trégor représente une surface de 2250 kilomètres carrés répartie sur 127 communes. Sa population avoisine les 200 000 habitants.


 

Le Néolithique (7000 - 2000 avant JC)

  A partir d’environ 5000 ans avant J.C., les hommes se sédentarisent. Ils commencent à pratiquer l’élevage et la culture et l’on assiste à l’édification de monuments mégalithiques.

  Dans le Trégor, le plus important de ces monuments est le Cairn de Barnenez. Situé sur une colline dominant la baie de Morlaix, le monument se présente comme un grand édifice de pierres sèches recouvrant des tombes mégalithiques. Son édification remonte à 4500 ans avant J.C.

  La Côte de Granit Rose abrite un certain nombre d'allées couvertes, de menhirs et de dolmens datant du Néolithique final (3000-2000 avant J.C.).Trégor - Allée couverte de l'Ile Milliau

  Plusieurs d'entre eux se trouvent sur des îles comme l'allée couverte de l'Ile Milliau (photo) ou celle de Ty ar kornandounezed sur l'Ile Grande ou encore celle de Ty al Lia sur l'Ile Renote.

  Certains monuments sont sculptés comme l’allée couverte de Kerguntuil (à Pleumeur-Bodou) ou celle de Crec’h Quillé (à Saint-Quay-Perros). On peut y observer des représentations de la déesse mère Ana.

  Les sculptures du  menhir de Saint-Uzec sont plus récentes ; elles ont été réalisées lors d’une mission d’évangélisation chrétienne à la fin du XVIIe siècle.

  A Louargat, le menhir du Pergat, vieux de 7000 ans, figure parmi les plus hauts d’Europe.

 L’âge du bronze (2000-800 avant J.C.)

  Durant cette période se développe la civilisation des Tumulus.
  On a ainsi découvert des sépultures en bois ou en pierres recouvertes de tumulus de terre.
  Les fouilles ont permis de mettre à jour des pointes de flèches taillées, des épées, des poignards ou encore des offrandes en céramique.

 


 

 Les gaulois

  A partir du Ve siècle avant Jésus-Christ, on assiste à un changement de civilisation. Les gaulois (ou celtes) organisent l’Armorique en cités. Le Trégor forme la partie nord-est de la civitas (cité) des Osismes.

    La civilisation gauloise est essentiellement rurale ; elle est dominée par des nobles dont le pouvoir se mesure au nombre d'hommes dépendant d’eux.
  Les gaulois habitent des constructions en bois, torchis, chaume aujourd’hui disparues ; les seules traces qu’il en reste sont des fossés et des trous de poteaux.
  Des fouilles ont permis de découvrir des vases en céramique ainsi que des pièces de monnaie.

Stèles gauloises de Boulbin  Les cinq stèles gauloises du site de Boulbin (photo) à Saint-Agathon témoignent du passé religieux de cette période.  Il en est de même du site de Clérin à Saint-Clet sur lequel fut édifié un temple celtique.

      Pour faire face à la menace des romains, les gaulois construisent au 1er siècle avant Jésus-Christ des forteresses. Les vestiges du Yaudet, à l’embouchure du Léguer, témoignent de cette période.

 


 

Les romains (Ier - Ve siècle)

  Suite à l’invasion de la Gaule par les romains, l’Armorique est soumise ; les romains vont l’occuper pendant cinq siècles. Ils bâtissent des villes et les relient par des voies romaines.

  Ainsi, une voie romaine principale est construite de Morlaix à Saint-Brieuc en passant par Lannion. Cet axe principal possède des rameaux secondaires vers le Yaudet, par exemple, ou encore de Lannion à Carhaix (en traversant la forêt de Beffou).

  Peu à peu, les gaulois adoptent la religion et la civilisation des romains et deviennent des gallo-romains.

Thermes du Hogolo  L’aristocratie gallo-romaine vit dans de belles villas comme celle du Hogolo à Plestin-les-Grèves. Ces villas sont le centre de vastes exploitations agricoles.

   A partir de la fin du IIIe siècle, le christianisme se répand en Armorique malgré les persécutions que font subir les romains aux convertis.

   Suite à la défaite des romains face aux barbares germaniques à la fin du Ve siècle, l’Armorique se trouve sans défense face aux envahisseurs du nord. Elle est pillée, incendiée et dépeuplée.

                                                                       


 L’arrivée des bretons d'Outre-Manche (Ve-VIIe siècles)

  A cette époque, les îles britanniques sont peuplées par des hommes proches des gaulois et déjà convertis au christianisme. Chassés par des envahisseurs venus du nord de l’Europe (les angles et les saxons), certains de ces hommes choisissent d’émigrer vers l’Armorique. Ils y trouvent des populations qui leur sont peu hostiles et proches dans leur mode de vie.

  L’émigration est forte vers le Trégor et les populations locales, peu nombreuses, abandonnent leur langue (le gaulois et le latin) pour adopter celle de leur envahisseur.

  On assiste à l’arrivée des saints évangélisateurs.

      Le principal d'entre eux sera Saint-Tugdual. Celui-ci nait en Cornouaille vers 490 et est formé au monastère de Saint Iltud. Dans les années 520, il traverse la Manche avec plusieurs disciples et débarque au Conquet.
  Il participe à l’évangélisation du nord de l’Armorique et fonde plusieurs monastères dont celui de Tréguier. En 548, il est nommé Evêque ; ainsi naît le diocèse de Tréguier qui prendra le nom de Trégor.

Oratoire de Saint-Guirec  D’autres saints évangélisateurs traversent la Manche :

  • Au Ve siècle, Milliau, un évêque irlandais, débarque sur l’île Milliau, au large de Trébeurden. Ensuite, il s’enfonce vers l’intérieur des terres pour fonder la paroisse de Ploumilliau.
  • Maudez crée un ermitage sur l’île Maudez au large de Bréhat avant de créer un monastère à Lanmodez.
  • Guirec débarque à Ploumanac’h, à l'emplacement de l'actuel oratoire.
  • Ivy, un moine irlandais de Lindisfarne, accoste au Mont-Saint-Michel vers 685. Ensuite, il longe la côte vers l’ouest et fonde un ermitage à Loguivy-de-la-mer, puis un second à Loguivy-lès-Lannion. Son succès est tel qu’il s’enfonce dans les terres pour s’installer à Loguivy-Plougras puis à Pontivy. Un bras-reliquaire du saint demeure dans l’église Saint-Ivy à Loguivy-lès-Lannion.
  • Au VIe siècle, les deux frères Envel (Egal, en breton) et leur soeur Jeune traversent la Manche. Envel le Vieux crée un ermitage à Loc-Envel, Envel le Jeune s’installe à Plougonver et Sainte-Jeune crée un ermitage à Plounévez-Moedec.

  Une nouvelle organisation du territoire se met en place. Elle s’articule autour des paroisses dont le nom commence par Plou (paroisse) ou Gui (village) ou Lan (monastère) ou Tré (hameau) et se termine souvent par le nom du moine évangélisateur de la paroisse.

  Le Trégor fait alors partie de la Domnonée qui est composée de deux royaumes bordant les rivages occidentaux de la Manche. Le royaume situé en Grande Bretagne comprend la Cornouaille et le Devon ; celui situé en Armorique comporte le Trégor, le Goëlo, le Penthièvre, le Pays de Dol et le Léon.

 


 

Le Moyen-Age

  Vers l’an 800, la Bretagne est soumise par Charlemagne.
  Après la mort de Louis Le Débonnaire, Nominoé, gouverneur de Bretagne, soulève les bretons contre les francs et les vainc à Ballon près de Redon en 845. Nominoé devient roi de Bretagne ; son fils Erispoé lui succède puis Salomon.

  A la fin du IXe et au début du Xe siècles, les normands mènent des attaques ravageuses en Bretagne ; ceci conduit à de nombreux massacres et destructions de monuments. On assiste ainsi à la destruction du monastère de Tréguier et au transfert des reliques de Saint Tugdual à Laval.
  Alain Barbe-Torte parvient à repousser les Vikings et devient Duc de Bretagne en 937.

Trégor - Lanmeur - Chapelle de Kernitron  La période plus calme qui suit voit la construction dans le Trégor d’édifices de style roman. Certains d’entre eux ont traversé le temps.
  Ainsi, la crypte de l’église Saint-Mélar à Lanmeur date du Xe siècle. Celle de l’église de Bourbriac remonte au XIe siècle.
  La tour Hastings de la cathédrale de Tréguier date du Xe siècle.
  L’église Saint-Jacques de Perros-Guirec, les chapelles Saint-Léonard à Guingamp, de Kernitron (photo) à Lanmeur et de Brélévenez à Lannion conservent des éléments d’architecture romane datant du XIIe siècle.

  L’ordre monastique des cisterciens s’installe à Bégard au XIIe siècle ; cet ordre créera un domaine important et sera à l’origine de la construction d’édifices religieux dans la région (notamment la chapelle de Guénézan à Bégard et la chapelle Notre-Dame de Cîteaux à Trébeurden).

  Les ordres militaires sont aussi présents ; ainsi les moines hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem créent une Commanderie au Palacret à Saint-Laurent ; celle-ci sera à l’origine de la construction d’églises (Runan, Saint-Laurent) et de chapelles (Saint-Jean de Trévoazan).

 


Saint-Yves

  Né en 1253 à Kermartin près de Tréguier, Yves Hélory effectue des études de dialectique et de théologie à Paris avant d’occuper une charge de conseiller juridique du Diocèse de Rennes.

  En 1280, l’évêque de Tréguier le choisit comme juge ecclésial ; Yves est aussi prêtre de Trédrez puis de Louannec.

Tombeau de Saint-Yves  Son sens de la justice le rend rapidement populaire, aussi bien auprès des grands que chez les pauvres, car il défend les uns et les autres avec une parfaite impartialité. Il s'emploie aussi à apaiser les querelles et parvient à éviter bien des procès.

  Il se retire dans son manoir en 1298 pour se consacrer à la prière jusqu’à sa mort le 19 mai 1303.

  Le Duc Jean V lui fait édifier un tombeau magnifique (photo) dans la cathédrale de Tréguier.

  Son procès en canonisation ouvert en 1330 est conclu en 1347 sous le pontificat de Clément VI.

  Saint-Yves est le patron des avocats et des magistrats.

 

 


 

La guerre de succession

  En 1341, le Duc Jean III, le Bon, meurt sans laisser d’héritier direct. Une guerre de succession va opposer jusqu’en 1364, le demi-frère du Duc défunt, Jean de Montfort, allié aux anglais, au neveu du roi de France, Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre, la nièce de Jean III.

  La ville de La Roche-Derrien est le théâtre d’une bataille entre les deux partis. Charles de Blois y est fait prisonnier et l’église Sainte Catherine d'Alexandrie est fortement endommagée.

  Charles de Blois meurt à la bataille d’Auray en 1364 et Jean de Monfort, le deuxième du nom, accède au Duché de Bretagne.

  Le Trégor qui dépend presqu’entièrement des Penthièvre souffre beaucoup du conflit.
  Les châteaux de Guingamp (propriété de Charles de Blois), Tonquédec , La Roche-Jagu et Brélidy sont détruits ; leur reconstruction sera entreprise aux XVe et XVIe siècles.
  En 1394, le nouveau Duc fait raser le château de La Roche-Derrien qui ne sera pas reconstruit.

  S’ajoutant aux souffrances de la guerre civile, le Trégor est touché, en 1348, par une épidémie de peste noire emportant entre le tiers et la moitié de la population de l’évêché.
  De nombreux retours de peste touchent la région par la suite (environ tous les 10 à 12 ans).
  Désemparés, les habitants s’en remettent aux forces divines et l’on assiste à l’édification de chapelles dédiés à Saint-Sébastien ou Saint Roch , deux saints invoqués contre la terrible maladie.

Trégor - Guingamp - Château de Pierre II  Après la guerre de succession s’ouvre une période durant laquelle les ducs vont affirmer leur politique d’indépendance en constituant une administration puissante et moderne et en lançant de grands travaux de construction.

  En 1450, Pierre II, comte de Guingamp, accède au Duché de Bretagne. Il entreprend la reconstruction du château de Guingamp (photo) dont les remparts, bien que réduits, dominent toujours la vallée du Trieux.

  Des édifices religieux prestigieux sont construits ou agrandis. Ainsi, la Cathédrale de Tréguier et la Basilique de Guingamp bénéficient de grands travaux.

  L’église de Runan est édifiée grâce au mécénat ducal.

  En 1447, Roland IV de Coëtmen transforme l’église de Tonquédec en collégiale.

 


 

La fin de l’indépendance bretonne

  Suite à la guerre de Cent ans, la couronne de France décide d’en finir avec l’indépendance de la Bretagne. La guerre dure 4 ans, de 1487 à 1491, et se termine par la défaite de la Bretagne.

  La jeune princesse Anne, couronnée duchesse de Bretagne en 1489, est contrainte d’épouser le roi de France, Charles VIII, en 1491.

  Dans le Trégor, ce conflit se traduit par des combats pour le contrôle des différentes villes.
  Ainsi, les villes de Tréguier, Guingamp et Lannion passent successivement aux mains des deux belligérants.

  Le roi Charles VIII meurt en 1498. En 1499,  Anne épouse, en seconde noce, le nouveau roi de France, Louis XII.

Eglise de Saint-Jean du Doigt   Tout au long de sa vie, Anne défend avec ferveur sa terre bretonne ; en 1505, elle entreprend un Tro Breiz au cours duquel elle se rend à Tréguier sur le Tombeau de Saint-Yves et à Saint-Jean du Doigt (photo), afin d’y appliquer le doigt de Saint-Jean sur son œil malade.

  Le traité d’union de la Bretagne avec la France est signé en 1532.

  A la fin du XVe et durant le XVIe siècles, on construit de nombreuses églises et chapelles dans un style gothique flamboyant.

  L’atelier Beaumanoir de Morlaix introduit des innovations architecturales comme le clocher mur (qui évite aux paroisses le coût important d’un clocher-tour) et le chevet à noues multiples.

  Parmi les plus belles réussites architecturales de cette époque, on peut citer les enclos paroissiaux de Plougonven et de Trédrez, la chapelle Saint-Nicolas à Plufur et la fontaine Saint-Sylvestre à Plouzélambre.

 


L’ancien régime (XVIIe-XVIIIe)

  L’histoire de France de la fin du XVIe siècle est marquée par les guerres de religion entre catholiques radicaux (soutenus par les espagnols) et protestants (soutenus par le roi de France et l’Angleterre). Les catholiques font partie de la Ligue (ou Sainte-Union) et sont dirigés par le duc de Mercoeur, gouverneur de Bretagne. Les protestants et les royalistes sont dirigés par le roi Henri IV.

  Dans le Trégor, les villes de Tréguier et de Lannion se rangent du côté des royalistes.   Perros est dévastée par les royaux en 1587 puis Tréguier est pillée par la Ligue en 1589.
  La reddition de Mercoeur puis la signature de l’Edit de Nantes en 1598 mettent fin au conflit.

  Durant le XVIIe siècle, les guerres incessantes avec l’Angleterre et la politique de protection colbertiste vont conduire à une réduction des échanges commerciaux de la Bretagne qui va connaître une grave crise économique.
  Au cours des années 1660, le Trégor est marqué par la révolte des Bonnets Rouges. Ce conflit oppose des paysans, exaspérés par les prélèvements, au pouvoir en place. La répression, sévère en Cornouaille, ne touche pas aussi fortement le Trégor, moins en pointe dans le combat.

  En raison des conflits avec l'Angleterre, on assiste au renforcement de la défense des côtes.
  Afin de protéger la baie de Morlaix, le Château du Taureau est agrandi par Vauban et des canons sont installés sur la Pointe de Primel.
  Pour empêcher les corsaires de s’installer sur l’île aux Moines, on y construit un fort.

Hôtel de ville de Guingamp  On assiste aussi à l'édification de grands monastères et couvents. Ainsi, le Monastère des Augustines (photo) remplace un vieil hôpital à Guingamp, le Couvent des Ursulines et le Monastère Sainte-Anne sont édifiés à Lannion, le Monastère des Augustines est construit sur les ruines d'un hospice à Tréguier.

  De beaux châteaux et manoirs sont l’objet de travaux d’extension ou de reconstruction.
  C’est particulièrement le cas du Château de Keralio à Plouguiel, du Château de Kerduel à Pleumeur-Bodou, du Château de Kergrist à Ploubezre ou encore du Manoir du Cleuziou à Louargat.

 

 


 

La Révolution et l’Empire

    Au début des événements, la société trégoroise est peu au fait des idées nouvelles.
  Les choses évoluent rapidement et, d’une façon générale, les villes seront plutôt favorables aux idées révolutionnaires alors que les campagnes resteront souvent fidèles au clergé et au roi.

  Opposé à la constitution civile du Clergé et inquiet par la tournure des événements, l’évêque Le Mintier quitte Tréguier pour Jersey en 1791.
  A partir de 1792, les révolutionnaires s’attaquent aux églises ; des statues et des calvaires sont détruits ; des cloches sont fondues.
  Le bataillon d’Etampes saccage la cathédrale de Tréguier, le calvaire de Runan est détruit par les révolutionnaires de Pontrieux, le calvaire de Plougonven est renversé…

  En 1793, la levée en masse d’hommes pour renforcer l’armée est mal perçue par  la population et participe au démarrage de la chouannerie.
  Un climat de guerre civile s’installe et l’on assiste à de nombreuses dénonciations ainsi qu’à des exécutions.
  Pierre Taupin, ex-maître d’hôtel de l’évêque de Tréguier, est le chef chouan le plus connu du Trégor. Il mourra en 1800 à Tréglamus, lors d’une offensive du Général Brune.

Trégor - Château de Kerroué  En 1794, des édifices religieux sont confisqués par les révolutionnaires et sont affectés à d’autres fonctions. C’est en particulier le cas du Couvent des Ursulines à Lannion  dont la chapelle sert de hangar à fourrage ou de la chapelle de Christ à Trébeurden qui sert de caserne.
  Dans la région de Bourbriac, des prêtres réfractaires disent la messe la nuit dans une ambiance de fin du monde.
  Le château de Kerroué (photo) à Loguivy-Plougras sert de base de repli aux chouans.

  Le Consulat et l’autorisation de reprise du culte catholique ramènent l’ordre dans les campagnes.

  Du point de vue administratif, le nouveau régime ne reconnaît plus les anciennes provinces et le Trégor est scindé en deux parties : l’ouest du territoire est inclus dans le Finistère, l’est dans les Côtes du Nord.

  En 1801, une bulle pontificale supprime définitivement le diocèse de Tréguier.

 

 


 

La période moderne (XIXe et XXe siècles)

  Durant le XIXe siècle, l’agriculture est la principale activité économique du Trégor ; elle est complétée sur la côte par une activité maritime faite essentiellement de pêche et de cabotage.
  La population est relativement pauvre.

  L’industrialisation commence avec l’arrivée du train en 1862 à Guingamp puis à Morlaix, trois ans plus tard. L’aménagement des lignes nécessite la construction d’ouvrages d’art parfois importants, comme le viaduc de Morlaix.
  Des lignes secondaires sont construites en direction de la côte. Lannion est desservie par le chemin de fer en 1881. En 1906,  le train arrive au port du Linkin, à Perros-Guirec.

Trégor - Perros-Guirec - Plage de Trestraou  L’amélioration des moyens de transport favorise l’éclosion et la croissance du tourisme à partir de la fin du XIXe siècle.
  La plage de Trestraou (photo) est l’une des premières plages fréquentées du Trégor.
  Des hôtels se construisent et des peintres s’installent sur la côte de granit rose. Le plus célèbre d’entre eux est probablement le peintre nabi Maurice Denis qui élève une villa en bordure de la plage de Trestrignel.

  La première guerre mondiale est une épreuve difficile pour le Trégor  qui paient un lourd tributs de morts et de blessés. Les longues listes de noms figurant sur les monuments aux morts des villages trégorois l’attestent.

  Après la guerre, l’activité économique reprend ; on assiste à un important développement de la culture et de l’artisanat du lin. Des vestiges de routoirs à lin témoignent de cette activité qui s’arrêtera après la seconde guerre mondiale, avec l’arrivée du coton.

  Durant l’entre-deux-guerres, on assiste à une belle histoire dans la région de Belle-Isle-en-Terre. Une belle meunière, Marie-Louise Le Manac’h, rencontre à Paris Lord Robert Mond, un richissime britannique. Elle l’épouse, devient châtelaine de Coat-an-Noz et fait construire un château à l’emplacement de son moulin.

Trégor - Plestin-les-Grèves - Grand Rocher  La seconde guerre mondiale est vécue douloureusement par la population trégoroise.
  L’occupation, suite à la défaite de 1939, est source de nombreuses privations et malheurs.
  L’occupant construit sur le littoral le mur de l’Atlantique, tout un réseau de fortifications supposées garantir la sécurité du Reich pendant 1000 ans.
  L’île à bois, dans l’estuaire du Trieux, est transformée en place forte ; il en est de même du Château du Taureau dans la Baie de Morlaix. Des stations-radars sont installées à La Clarté-Ploumanac’h ; de nombreux blockhaus sont construits sur la côte (comme au Grand Rocher (photo) à Plestin).
  La résistance s’organise et mène des opérations contre l’occupant ; des résistants sont tués ou déportés comme ce fut le cas en mai 1944 dans le village du Dresnay à Loguivy-Plougras.

  Lors de la libération, les allemands se réfugient dans des poches de combat comme au village de la Clarté à Ploumanac’h ; au cours de leur retraite, ils détruisent les phares de l’île aux Moines et de Men Ruz à Perros-Guirec.
  Un tir de char d'assault atteint la flèche de la Basilique de Guingamp qui s'écroule sur 20 mètres  ; l‘église Saint Efflam à Plestin est minée et fortement endommagée.
  Le viaduc de Morlaix est bombardé, causant plus de 100 morts parmi les civils.
  Des bateaux américains accostent à la Lieue de Grèves pour y débarquer du matériel.
  Suite au départ de l'occupant, les habitants fêtent leur liberté retrouvée ; à Lannion, ils remplacent la croix gammée installée au sommet de l'église Saint-Jean du Baly par un drapeau français.

  L’après-guerre est marqué par l’essor de l’industrie des télécommunications à Lannion. En 1961 commence la construction du Radôme à Pleumeur-Bodou ; celui-ci permettra l’établissement de la première liaison satellite intercontinentale.

 

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